Sur le pont, on y danse, mais dessous on y meurt...

Publié le par Paul Perrissel

Sur le pont, on y danse, mais dessous on y meurt...

Je reviens de vacances ! Vacances, bien méritées pour un poulpe qui bosse dur (oui même dans l’administration céphalopode on travaille dur). Donc avec mes octopus nous avons traversé l’océan et nous avons passé quelques jours ruineux dans la plus grande ville américaine. J’ai bien cherché quelques spots sympas pour immerger mes 8 pattes dans l’East River ou dans l’Hudson mais visiblement ce n’est pas le loisir préféré des New Yorkais. Donc vous l’avez compris, ce ne devait pas être une semaine « plongée »… Pas de soucis, j’ai mis des baskets et on est parti pour de la ballade nez en l’air.

Mais voilà, on y revient toujours… Et j’ai décidé de vous parler du plus célèbre pont de New-York, le Brooklyn Bridge. La construction de ce pont a permis des avancées considérables dans le domaine de la plongée en particulier sur la connaissance des accidents de décompression.

Au 19ème siècle, en 1869 précisément, la ville de New-York décide de la construction d’un pont reliant Manhattan à Brooklyn au-dessus de l’East River. Elle confie le projet à un ingénieur, John Roebling. Cela commence mal car quelques mois après il se fait écraser le pied par un bac qui accoste et il meurt du tétanos en 1869… Il est remplacé par son fils Washington Roebling. Ce dernier va faire appel à une technique développée par un ingénieur français, Jacques Triger, pour la construction des piles du pont. En effet pour bâtir ces piles gigantesques, il n’était pas question de détourner le fleuve. Il opta pour la technique des tubes mise au point par Trigger. Cette technique consiste à mettre en place un énorme tube d’acier vertical posé sur le lit du fleuve. Pour empêcher l’eau de rentrer, on met le tube sous pression et par l’intermédiaire de sas, des tubistes peuvent travailler au fond, dans un caisson, et bâtir les piles au sec.

Schéma de principe d'un tube de Triger
Schéma de principe d'un tube de Triger

Les installations sont évidemment gigantesques, et les conditions de travail dantesques ! En effet le fleuve est profond de 30 mètres, il faut donc une pression d’air dans le caisson supérieure à 4 bars ! L’humidité est de 100%, la lumière presque nulle, les incendies fréquents à cause des lampes à huile, la température insoutenable, le travail physique titanesque et les temps de travail proche de l’esclavagisme ! Les lecteurs plongeurs voient ou je veux en venir… Après 10 heures de travail intense en respirant de l’air sous pression, les tubistes sont évacués du caisson sans précaution particulières. A la sortie, la majorité de ses grands gaillards sortent avec des troubles articulaires graves, marchent tordus en deux (tordu se dit bend en anglais) et les décès sont nombreux. Au vue de l’hécatombe, Washington Roebling veut comprendre les retards engendrés ; en 1870, il décide donc de se rendre compte de visu et descend dans un tube et observe le travail de ses ouvriers. Ce qui devait arriver arriva, notre ingénieur attrapa le mal des caissons en sortant…définitivement paralysé, il suivit la construction de son œuvre depuis sa chambre avec vue sur le futur pont. C’est sa femme qui faisait le lien avec le chantier. C’est à partir de ces accidents graves que les médecins d’une médecine du travail balbutiante émirent les premières recommandations de décompression, en particulier procéder à une décompression lente. Il faudra encore attendre les travaux de Haldane en 1907 soit 30 ans plus tard pour avoir des procédures plus sûres.

Un caisson du pont de Brooklyn
Un caisson du pont de Brooklyn

Le pont fut inauguré en 1883 après 14 ans de travaux, il y eu 27 morts sur le chantier.

Terminons sur une dernière anecdote morbide… La famille Roebling était quelque peu poissarde, en effet le père meurt du tétanos sur son chantier, le fils fini en fauteuil roulant, et le neveu Washington Auguste Roebling, brillant ingénieur dans l’automobile, péri en 1912 dans le naufrage du Titanic.

Allez promis, la prochaine fois, je serai un peu plus léger !

Publié dans Sortie d'une amphore

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Pipounne 12/06/2015 13:36

C'est grâce à la révolution industrielle que la plongée avance... connaitre un peu mieux les accidents grâce à l'anecdote que tu viens de nous raconter, mais également à l'essor de l'automobile:
Michelin, lorsque les automobiles ont commencées à se développer, à devenir trop lourde, avait inventé une petite bouteille sous pression pour regonfler les pneu lorsque les voitures crevaient.
Cette invention, couplée avec le scaphandre à la demande (mais pas autonome) de Rouquayrol.... ça a donné: la plongée d'aujourd'hui!

Le Poulpe 16/06/2015 16:26

Ouha.... bien Pïpoune ! Je pense que tu parles du premier équipement qu'a mis au point le commandant Le Prieur