Fouilles curieuses...

Publié le par Paul Perrissel

Fouilles curieuses...

Par un de ces samedis de décembre où le temps est encore beau et l’eau pas trop froide (humm les bienfaits du réchauffement climatique…) je décide d’aller traîner mes tentacules au large de Marseille. En compagnie de 2 autres poulpes de mon acabit, nous nous retrouvons un peu par hasard vers l’ile de Riou, plus précisément sur l’ilot du Grand Congloué…

Il y a comme cela des lieux qui évoque des histoires, le Grand Congloué est certainement l’un d’eux pour les plongeurs (enfin pour les vieux). Alors commençons par le commencement et remontons le temps de quelques siècles.

Marseille est, depuis l’antiquité, un des ports les plus importants de la Gaule avec un trafic considérable en provenance de Rome. Les Romains, les Grecs, les Phéniciens se déplacent plus facilement sur l’eau que sur la terre et leur maîtrise du bassin méditerranéen est absolue. Malheureusement la mer ne se laisse pas si facilement dompter et les naufrages sont nombreux, en particulier la cote phocéenne parsemée d’îles assassines (Frioul, Riou, Planier, Maire, Plane…) avec une signalisation côtière inexistante. La baie de Marseille devient un gigantesque cimetière de vaisseaux remplis à ras bord de marchandises et en particulier d’amphores transportant le vin, l’huile ou les saumures. Toutes ces carcasses vont dormir pendant des siècles sous les eaux bleues de la méditerranée.

Fouilles curieuses...

Il faut attendre le début du 20éme siècle pour que le site intrigue d’abord quelques pécheurs qui remontent souvent de la vaisselle en terre dans leurs filets. Mais c’est un corailleur, Gaston Cristanini, lors de sa quête du corail rouge, qui va découvrir l’épave d’un navire romain. A l’époque le corail rouge et les langoustes ont beaucoup plus de valeurs que ces vieilles poteries en terre. Seulement, comme beaucoup de corailleurs, il finit par avoir un accident de décompression grave qui le conduira vers le caisson de décompression du GERS à Toulon. Là, il rencontre Frédérique Dumas, l’ami de Cousteau. Cristanini fini par confier à Dumas qu’il connait un coin rempli de langoustes et de « vases ». Dumas propose à Cousteau d’aller se rendre compte par lui même.

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Au début des années 50, Cousteau vient de quitter l’armée (le GERS) et il fonde l’OFRS (Office Français de Recherche Scientifique), il fait l’acquisition d’un bateau, la Calypso et il commence à avoir une solide réputation en temps qu’océanographe .En août 1952, l’équipe de Cousteau redécouvre officiellement l’épave d’un navire romain du 2éme siècle avant notre ère. La cargaison est gigantesque, 7000 pièces de vaisselles et 400 amphores gisent par plus de 40 mètres de fond. Le premier chantier de fouille archéologique sous-marine est ainsi mis en place. Il durera de 1952 à 1957. La Calypso ne reste pas en permanence sur le site, il est installé un campement précaire sur le rocher (on peut encore y voir quelques vestiges)qui perdurera des années sous le nom de Port Calypso.

Fouilles curieuses...

Les fouilles sont dirigées par le professeur Benoit, au bout de quelques mois, les plongeurs continuent de remonter des amphores mais ce ne sont plus les mêmes… ! A la fin des fouilles c’est plus de 1500 amphores qui seront extraites de l’eau ! Les scientifiques se perdent en conjectures sur ce mélange de genres. Ce n’est que dans les années 80, que l’on arrivera à la conclusion que c’est bien 2 bateaux différents qui ont coulés exactement au même endroit, l’un sur l’autre à presque un siècle d’écart.

La campagne d’exploration n’est pas de tout repos, elle vire au tragique en novembre 1952 quand suite à une tempête, la calypso rompt son mouillage. Un jeune plongeur démineur de la marine, Jean-Pierre Servanti, tentera de remonter l’ancre mais à plus de 60 mètres il y laisse sa peau. La légende veut que ce soit après cet accident que Cousteau adoptera le bonnet rouge en mémoire des scaphandriers.

Fouilles curieuses...

De nos jours la plongée est interdite sur le site des fouilles (il reste encore des vestiges). Les immersions se font à la limite et c’est une plongée magnifique avec un flamboiement de gorgones et une faune abondante. Lors du retour, on glisse un peu (mais c’est involontaire !) vers la zone interdite. Sans aller fouiller le site, on trouve au pied du tombant quelques vestiges plus modernes (poulies, câbles…) qui m’ont donné envie de vous raconter cette histoire. Enfin, il faut saluer l’initiative du musée des antiquités de Marseille : Il y a eu tellement d’amphores remontées de cette campagne de fouille que les caves du musée débordaient d’une quantité inutile de jarres identiques. Il a donc été décidé de les remettre à l’eau sur 2 sites : Le Frioul et Niolon. Ces témoins de l’histoire sont de nouveaux visibles par les plongeurs.

Fouilles curieuses...

PS : Oui, je sais, pour le titre de cette chronique, j'ai honte... Je ne le ferais plus....

Publié dans Sortie d'une amphore

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Domi 14/12/2015 11:40

Salut mon poulpe préféré (toi je t'ai pas encore mangé ! ...) je me délecte chaque fois que je lis tes billets, de l'art, de la poésie, tout y est, dans le moindre détail, et je me couche un peu moins con chaque fois que je te lis ... rassures toi y a encore du taf ... continues à me mettre des étoiles dans les yeux, merci ... Domi.

Mom'S 14/12/2015 08:54

Serieusement, le gars voulait remonté une ancre de 60 mètres?!!
Et ben !!!!!